SMOD

C'est en 2000 que Sam, Mouzy et Ousco ont commencé à affûter leur flow dans les rues de Bamako. Les trois amis seront vite rejoints par Donsky, un pote de lycée. Entre eux, le désir de musiques au pluriel, du rap aux musiques traditionnelles maliennes, la volonté de prendre la parole pour donner leurs points de vue sur une histoire et une actualité d'un continent, l'Afrique, que rien ne semble vouloir épargner. SMOD est né. Très vite, le quatuor devient un trio, Mouzy ayant quitté le Mali en 2001, mais le groupe garde l'acronyme qui a scellé son union et lui sert de nom.
De quoi s'agit ? D'un singulier mélange de multiples sources d'inspiration, à commencer par celles de leur terroir local, que l'on pourrait aisément baptisé afro-hop. Une espèce d'hybride entre le rap et la folk, entre leurs tambours de bouche et les cordes sensibles de la guitare. Du "rap'n'folk africain" comme ils s'autodéfinissent qui, entre les lignes, fait le lien avec l'art séculaire du griot, personnage axial de la culture d'un pays dominée par l'oralité. Tout à la fois gardien de la mémoire collective et narrateur attentif de l'actualité, le griot occupe des fonctions qui ne sont pas sans rappeler celles du rappeur de la grande cité. L'un comme l'autre manie avec expertise les mots et le rythme. Pareille alchimie fonde l'originalité de SMOD, que va s'attacher à souligner Manu en produisant leur troisième album. Pas question de faire dans la surenchère d'effets électroniques, nul besoin d'ajouter trop d'ingrédients dans cette formule qui se suffit en elle-même.
Une guitare et trois voix, telle est la recette de base. Soit un bon sens de la mélodie et du phrasé, une histoire avant tout de feeling, telle est la force de SMOD, un univers à partir duquel Manu procède par touches discrètes, ajoutant des couleurs qui révèlent plus qu'elles ne voilent les talents du trio. «Ça chante» pour paraphraser une de leurs compositions, et puis ça rappe dans le même élan, et ce pour témoigner des plusieurs niveaux d'une seule et même réalité: celle de Bamako, capitale où le goudron se fait encore rare, où l'urbanité pousse à toute allure, où la jeunesse vibre aux sons de la kora et du n'goni, mais aussi des rythmiques de la sono mondiale. "Le hip-hop nous amène le chemin de la clarté ! Le hip-hop malien évolue de jour en jour !", confirment-ils dans le très funky "Embola". Véritable hymne à la prise de parole d'une génération lasse de la corruption organisée, ce titre est suivi par une mélodie aux accents plus mélancoliques, en souvenir de jeunes filles !
Emblématique de leur démarche, le survitaminé "J'ai pas peur du micro", d'emblée un classique, une pointe de guitare électrique, un beat dépouillé et les maux lâchés par Kenny Arkana. Une vraie bombe ! Ce n'est pas la seule dans ce recueil qui alterne plages à la coule et passages plus dans le dur, instants apaisés et moments de colère. Deux sensations qui résument tout l'esprit de la ville où cet album s'est écrit et construit. Chaque médaille a son revers, tout bon disque est à double face. A l'image des deux extrêmes qui tracent, sans tout à fait les cerner, les enjeux et contours de ce troisième opus : s'il se conclut par "Fitri Waleya", une joyeuse mise en bouche épicée de grappes de cordes, il a débuté par ces mots à l'adresse des "Dirigeants africains" : "Parler beaucoup, manger l'argent ! Les dirigeants sont comme ça !" Une ligne mélodique, une guitare tranquille, pour un réquisitoire contre les injustices subies par le peuple, pour que la jeunesse relève la tête. "Qui sera le juge pour l'Afrique qui s'accuse ?"
Smod / 2010
Because Music