SLY JOHNSON

Renaissance.
Tel aurait pu être le titre de cet album, intitulé “74”, l’année de naissance de Silvère Johnson, désormais l’acte de baptême de l’artiste Sly Johnson. A l’époque, il prenait la parole sous le pseudonyme de The Mic Bouddha. Quoi de plus normal quand on sait qu’il a grandi à l’écoute des Fat Boys, pionniers new-yorkais du beatboxing, un art et des manières où il va exceller à l’excès au sein du collectif Saïan Supa Crew. Il était donc temps de passer à autre chose pour l’acrobate. Il est l’heure de mettre un grain de soul, un supplément d’âme, dans ses exercices de haute voltige vocale. « Le rap et son univers ne pouvaient plus m’aider à me découvrir. C’était par la soul que ça devait passer. Une musique qui me faisait tout à la fois danser et pleurer, des sensations très fortes. »
Résurrection.
Une autre vie commence en 2007, avec la fin du Saïan Supa Crew. Il se cherche depuis quelques années et on le retrouve aux côtés de Camille, Oxmo Puccino, Rokia Traoré ou encore Erik Truffaz avec qui il va enregistrer un duo.
Aux Victoires du Jazz, il partage la scène avec Dee Dee Bridgewater, pour un hommage à James Brown. La chanteuse
s’exclame : « Ce type a le son des gars de Memphis! » Dans cette quête d’identité artistique, Jean-Philippe Mano, un disquaire chez qui il se fournit en galettes hip-hop, va le guider : il lui fait goûter aux versions d’origine, les classiques du funk et de la soul. Cet univers, c’est son enfance, peuplée de LP, ceux de son père congolais qui l’a élevé seul à Montrouge. De la salsa, de la rumba, du jazz, de la soul… Il sera tout ouïe, il aura tout pour se parfaire une éducation musicale, pour se former à l’oreille, naturelle et absolue.
Rédemption.
Ce sentiment flotte dans la chanson qui donne son titre à ce premier opus, “26/06/74”, un slam qui prend des accents de soul, des éclats d’âme qui rappellent “M’Bume”, le classique gospel sud-africain. « Il fallait que je passe par cette étape, que ce texte sorte de moi, pour réussir cet album. J’y parle du manque d’amour, du manque de mère, de la colère envers elle, du dégoût de moi-même aussi. » Ce thème dont il ressort apaisé donne le ton et le diapason de cet album : des chansons qui le racontent entre les lignes, telles les pièces d’un puzzle où se dessine son portrait, où se profilent ses désirs. Chacun des morceaux retrace un parcours de vie, une destinée marquée par le doute de soi et
l’amour des autres, malgré lui, malgré tous. Le Français a composé le répertoire de son album à partir de sa voix, sublimée par le producteur Jay Newland (Norah Jones, Ayo) qui a réuni autour de Sly Johnson une équipe branchée.
Renouveau.
Nul doute qu’il renouvelle le genre, poussant le pitch plus loin qu’une simple nu-soul, y apportant son style tout en inflexions et son stylo tout en réflexions. Sur “Hey Mama”, Sly Johnson évoque son manque de confiance, la souffrance
qui en découle, avant de relever « la tête haute », guidé par un groove implacable A l’inverse, “Goodbye Tomorrow” est un hymne pacifiste pour cette âme pacifiée avec elle-même, tandis que “I’m Calling You” s’inscrit dans l’esprit de “What’s Goin’ On” (Marvin Gaye), comme un appel à l’aide. Une basse qui chaloupe et sa voix qui chavire… A ses côtés, Ayo, fidèle amie rencontrée depuis les soirées Rimshot, lui donne la réplique.
C’est chose belle et bien faite avec ce disque où sa voix demeure la pulsation essentielle, le cœur du propos, de la chanson au beat-box, des craquements du vinyle au velours de la soul.
| 09.03.12 | Calais (62) | Centre Culturel Gérard Philippe |
| 22.03.12 | Laon (02) | Festival Jazz'titudes |
| 30.03.12 | Gaillac (81) | Salle de Spectacles de Gaillac |
| 11.05.12 | Nanterre (92) | Salle Daniel Ferry |
74 / 2010
Universal Jazz